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Ces petits gestes qui changent tout quand on lit à son enfant

Ces petits gestes qui changent tout quand on lit à son enfant

Dans un article précédent, je vous parlais de tout ce que la lecture partagée peut créer dans la relation entre un parent et son enfant : un moment où l’on s’arrête, où l’on se rapproche, où, pendant quelques minutes, on entre ensemble dans la même histoire.

Une question vient naturellement ensuite : comment rendre ces moments encore plus vivants, plus joyeux, plus mémorables pour nos enfants ?

Bonne nouvelle : nul besoin d’être acteur, dramaturge ou champion des imitations. Quelques gestes très simples peuvent suffire. Pas pour transformer chaque lecture du soir en spectacle, mais simplement pour être davantage présent à l’histoire et à l’enfant qui l’écoute.

1. Lever les yeux du livre

Quand on lit une histoire à son enfant, notre regard est forcément très occupé par le texte. Il faut suivre les lignes, ne pas perdre le fil, respecter la ponctuation, parfois anticiper un mot plus compliqué. Pendant ce temps, l’enfant, lui, a tout le loisir d’observer les illustrations. Nous, beaucoup moins : il suffit parfois de suspendre la lecture quelques secondes pour entendre un impatient « Tu continues ? ».

Alors, naturellement, on garde les yeux sur la page et on avance. Mais à force de rester concentrés sur le texte, on passe parfois à côté d’une autre partie de l’histoire : celle qui se lit sur le visage de notre enfant.

J’ai donc essayé quelque chose de très simple : lever de temps en temps les yeux du livre. Voir son regard s’éclairer, ses sourcils se froncer, un sourire apparaître. Est-il surpris ? Amusé ? Intrigué ? Un peu inquiet ? Complètement absorbé ?

Ces expressions, parfois très fugaces, en disent beaucoup sur la manière dont il reçoit l’histoire. Elles nous permettent aussi de mieux percevoir ce que ce moment provoque chez lui.

Lui aussi, d’ailleurs, peut chercher notre regard. Pour faciliter ces petits échanges silencieux, on peut simplement s’installer côte à côte plutôt que l’un derrière l’autre. Un regard croisé, un sourire, une réaction partagée suffisent parfois à transformer la lecture en véritable échange.

On ne fait alors plus seulement avancer l’histoire : on la partage vraiment.

2. Faire entendre la ponctuation

Il y a ceux qui adorent prendre une voix de loup, une voix de sorcière, une voix de souris et une quatrième pour le narrateur.

Et puis il y a tous les autres.

Aucune inquiétude : changer de voix pour chaque personnage n’est absolument pas indispensable pour bien raconter une histoire. D’ailleurs, l’exercice peut vite devenir périlleux : quelle voix avait-on déjà choisie pour le loup ? Ah non, pardon, ça, c’était la grand-mère… On recommence. Bref, le jeu des voix demande un certain talent, nos amis de Chérubins pourraient sans doute en témoigner !

Heureusement, il existe une manière beaucoup plus simple de donner vie au récit : plutôt que d’inventer une voix différente pour chaque personnage, faire entendre ce que le texte nous indique déjà.

La ponctuation nous donne de précieux repères : un point ralentit, une virgule invite à respirer, un point d’exclamation donne de l’élan, une question appelle naturellement une autre intonation. On peut aussi accélérer légèrement dans une poursuite, ralentir lorsque le héros avance dans le noir ou baisser la voix quand quelque chose se prépare.

Autrement dit, pas besoin de devenir comédien : il suffit souvent de mettre le ton et le rythme au service de l’histoire.

Une étude récente menée auprès d’enfants de 4 à 5 ans a d’ailleurs observé une association entre certains éléments de la prosodie - l’intonation, le rythme et les pauses dans la voix - du parent et une meilleure restitution de l’histoire par l’enfant. Il ne s’agit donc pas de « jouer » le texte, mais simplement de le faire vivre.

Et il y a un autre bénéfice, plus discret : à force de nous écouter, l’enfant se familiarise peu à peu avec la manière dont un texte prend vie à l’oral. Il découvre qu’un point, une question ou une exclamation ne sont pas de simples signes sur la page, mais qu’ils donnent une intention et une musicalité à la phrase.

En écoutant une histoire bien lue, il ne découvre donc pas seulement le récit : il apprend aussi, petit à petit, comment on lit un texte.

3. Laisser une place au silence

Bien lire ne signifie pas forcément lire sans interruption.

Parfois, une petite pause suffit à changer la manière dont l’enfant entre dans l’histoire.

« Il ouvrit doucement la boîte et découvrit… »

Quelques secondes de silence, et votre enfant est déjà probablement en train d’imaginer ce qu’il y a dedans.

Ces micro-pauses lui donnent le temps d’anticiper, d’imaginer et de participer intérieurement au récit. Une expérience menée auprès d’enfants de 3 à 5 ans a même montré que des pauses placées juste avant certains mots nouveaux, en leur laissant le temps d’anticiper la suite, pouvaient favoriser la mémorisation de ces mots.

Le silence n’est donc pas un vide à combler. Parfois, il fait pleinement partie de l’histoire.

4. De temps en temps, lui donner la parole

Une histoire peut aussi devenir une conversation.

Pas besoin d’interrompre la lecture toutes les deux phrases avec une batterie de questions. Mais lorsqu’un passage s’y prête, une remarque ou une petite question peuvent ouvrir une porte :

« Et toi, qu’est-ce que tu aurais fait ? »
« Tu crois qu’il va se passer quoi maintenant ? »
« Tu as vu sa tête ? À ton avis, comment il se sent ? »

On peut aussi simplement rebondir sur une remarque de l’enfant ou regarder avec lui un détail qui l’amuse.

En somme : suivre sa curiosité.

C’est le principe de ce que les chercheurs appellent la lecture dialogique : l’enfant n’est plus seulement celui qui écoute, il devient peu à peu partenaire de la lecture.

De nombreuses recherches ont associé ce type d’échanges à des bénéfices sur le langage, notamment lorsque l’adulte pose des questions ouvertes, répond aux remarques de l’enfant et adapte la conversation à ce qui retient son attention.

L’idée n’est donc pas de vérifier qu’il a bien compris l’histoire, mais de lui laisser une place pour y entrer à sa manière.

5. Relire. Encore.

« Encore celui-là ! » Vous l’avez peut-être entendu vingt fois. Et vous auriez volontiers proposé n’importe lequel des cinquante autres livres de la bibliothèque.

Mais pour un enfant, relire une histoire n’est pas tout à fait refaire la même expérience.

La première fois, il découvre. La suivante, il anticipe. Puis il remarque cette petite souris dans le coin de l’image. Il connaît la phrase qui revient et commence à la réciter avec vous. Il attend déjà le passage qui le fait rire.

Peu à peu, l’histoire devient familière.

La recherche montre d’ailleurs que la répétition d’un même album peut favoriser l’apprentissage et la mémorisation de nouveaux mots chez les jeunes enfants. Dans une étude menée auprès d’enfants de 3 ans, ceux qui avaient entendu plusieurs fois la même histoire retenaient davantage les mots nouveaux que ceux qui les avaient rencontrés dans des histoires différentes.

Alors oui, même si vous connaissez désormais Roule Galette par cœur, cette quinzième lecture n’est probablement pas inutile.

Et surtout, à force d’être relue, l’histoire acquiert parfois autre chose : des habitudes, des phrases attendues, des souvenirs. Elle devient un petit morceau de l’histoire familiale.

Finalement, raconter une histoire, c’est surtout être là

On peut lever les yeux du livre, jouer avec le rythme, laisser un silence, poser une question ou relire pour la quinzième fois le même album. Pas besoin pour autant de penser à tout à chaque lecture. Ce sont simplement quelques idées à piocher, selon le moment, l’histoire et l’envie.

Certains soirs, on mettra beaucoup de cœur dans la voix du dragon. D’autres, on lira plus simplement parce qu’il est 20 h 47 et que la journée a été longue. Et ce n’est pas très grave.

Car ce dont les enfants se souviendront peut-être le plus, ce n’est pas de notre talent de conteur. C’est que, pendant quelques minutes, nous étions là. Avec eux. Dans la même histoire.

 

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