Des livres beaux, simples et vrais pour les enfants

Et si le meilleur programme de l’été, c’était… de ne rien prévoir ?

Et si le meilleur programme de l’été, c’était… de ne rien prévoir ?

Claire BLF |

Cet été, un mot d’ordre : s’ennuyer.

J’ai un programme révolutionnaire à vous proposer pour les vacances : aucun programme.

Je plaisante… à moitié. Car je suis probablement la première à remplir les journées de mes enfants : sortie à la piscine, balade à vélo, visite culturelle, activité manuelle, jeux avec les cousins, pique-nique, randonnée, atelier cuisine…

Et pourtant, à force de vouloir occuper chaque minute, nous oublions parfois quelque chose d’essentiel : le pouvoir de l’ennui. Or, si l’été est une parenthèse dans l’année, c’est peut-être justement parce qu’il offre à nos enfants ce que le reste du temps leur laisse rarement : de l’espace. De l’espace pour rêver, observer, imaginer, inventer… et parfois même ouvrir un livre.

Pourquoi l’ennui est-il si important ?

Cela peut sembler surprenant, mais l’ennui n’est pas forcément un problème à résoudre.

Plusieurs études montrent au contraire que les temps libres non structurés favorisent la prise d’initiative et de la capacité à s’organiser seul. Jane Barker et son équipe de l’université du Colorado (2014), ont montré que les enfants bénéficiant davantage de temps non organisé développent mieux certaines compétences d'autonomie et d'autorégulation. 

D’autres travaux, et notamment ceux de Mann & Cadman (2014) suggèrent que l’ennui stimule la créativité en poussant le cerveau à imaginer, inventer et faire des liens lorsque les stimulations extérieures se raréfient.

Autrement dit, lorsque nos enfants semblent ne rien faire, il se passe souvent beaucoup de choses dans leur tête.

→ L’ennui apprend à observer

Sans activité imposée ni écran pour capter son attention, l’enfant recommence à regarder le monde qui l’entoure. Les nuages deviennent des animaux, une branche une épée, un jardin un terrain d’aventure.

→ L’ennui développe l’imagination

C’est souvent dans ces moments de vide que naissent les meilleures idées : construire une cabane, inventer une histoire, dessiner, créer un spectacle ou imaginer un monde fantastique.

Et parfois, l’ennui ouvre la porte aux livres

Quand chaque minute est occupée, les livres ont du mal à trouver leur place. Mais lorsque le rythme ralentit et que l’enfant dispose enfin de temps libre, la lecture redevient une possibilité parmi d’autres.

Combien d’entre nous ont dévoré des romans entiers pendant les vacances simplement parce qu’il n’y avait rien de prévu ?

Faut-il alors laisser les enfants s’ennuyer complètement ?

Pas nécessairement. Car soyons réalistes : peu de parents rêvent d’entendre toutes les quinze minutes : « Maman, je fais quoi ? », « Papa, je m’ennuie ! ».

L’objectif n’est pas l’abandon, mais plutôt ce que l’on pourrait appeler un ennui organisé : créer les conditions favorables, puis laisser l’enfant s’en emparer.

Comment favoriser l’ennui de manière concrète ?

1. Prévoir des plages de temps libre

On peut simplement annoncer : « De 14h à 16h, chacun s’occupe seul. »

Le cadre est clair. L’enfant sait que ce temps existe et qu’il devra trouver lui-même comment l’utiliser.

2. Résister à l’envie de proposer immédiatement une solution

Quand un enfant dit : « Je m’ennuie. »

Nous répondons souvent : « Tu pourrais faire ceci… ou cela… »

Et si on essayait simplement : « Ah oui ? » Puis on attend… Très souvent, une idée finit par émerger toute seule.

3. Mettre quelques activités à disposition

L’autonomie est plus facile lorsqu’il existe un environnement favorable.

Par exemple :

  • des feuilles et des crayons ;
  • des jeux de construction ;
  • des puzzles ;
  • du matériel créatif ;
  • des jeux de société accessibles ;
  • quelques objets de récupération ;
  • une pile de livres.

L’enfant reste libre de choisir.

4. Limiter les distractions instantanées

L’ennui ne peut pas exister si une solution ultra-stimulante est disponible en permanence. Les écrans ont cette particularité de supprimer immédiatement tout sentiment d’ennui. Mais ils empêchent aussi souvent l’enfant de traverser cette étape qui mène à l’imagination.

5. Créer un coin lecture irrésistible

C’est probablement le conseil le plus simple : une couverture, quelques coussins, une lampe, une petite bibliothèque ou une pile de livres soigneusement choisis, des bandes dessinées, des romans, des documentaires, des magazines.

L’idée n’est pas d’imposer la lecture. Simplement de la rendre disponible, visible et désirable.

Et si la lecture profitait de ce ralentissement estival ?

Pendant l’année scolaire, la lecture entre souvent en concurrence avec les devoirs, les activités sportives, les trajets et les contraintes du quotidien.

L’été offre une occasion unique. Non pas celle de transformer les vacances en programme de lecture intensif. Mais celle de redonner aux livres leur place naturelle: une lecture dans un hamac, une BD à l’ombre d’un arbre, quelques pages avant la sieste.

Les souvenirs de lecture naissent souvent dans ces moments-là. Non pas parce que l’on nous a demandé de lire, mais plutôt parce que l’on avait enfin le temps.

Alors cet été, si notre enfant nous dit qu’il s’ennuie, résistons peut-être à la tentation de remplir immédiatement son emploi du temps. Derrière cet ennui se cachent parfois une idée géniale, une aventure imaginaire… ou la rencontre avec le livre qui marquera ses vacances. 

Par Claire 

Sources

  • Étude : Barker et al. (2014)"Less-Structured Time in Children's Daily Lives Predicts Self-Directed Executive Functioning"
  • Mann & Cadman (2014) ont observé que les situations d'ennui favorisent la production d'idées créatives (Does Being Bored Make Us More Creative?).

 

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