« Ils ne veulent plus jouer avec moi. »
« Il se moque toujours de moi. »
« Elles disent que je suis bizarre. »
Quand notre enfant nous rapporte ce genre de paroles, il n’est pas toujours facile de savoir quoi en faire. Une dispute ? Une mise à l’écart passagère ? Quelque chose de plus sérieux ?
Et surtout, il n’est pas toujours facile de poser les bonnes questions sans transformer la conversation en interrogatoire.
C’est précisément là que les histoires peuvent devenir de précieux intermédiaires. Parce qu’en parlant d’un personnage, de ce qu’il ressent ou de ce qu’il aurait pu faire, un enfant peut parfois mettre des mots sur des situations qu’il n’aurait pas su raconter directement.
Avant d’en parler, comprendre ce qu’est le harcèlement
Tous les conflits entre enfants ne relèvent pas du harcèlement.
Une dispute est généralement ponctuelle. Le harcèlement, lui, repose notamment sur la répétition des actes et un déséquilibre qui place l’enfant ciblé en difficulté pour se défendre ou sortir de la situation.
Il peut être verbal, physique ou psychologique : moqueries, insultes, exclusion répétée, rumeurs, coups, dégradation des affaires… Il peut également se prolonger sur les messageries et les réseaux sociaux. On parle alors de “cyberharcèlement”.
Les chiffres montrent que le phénomène est bien présent. Selon la DEPP, en 2025, 3 % des écoliers, 4 % des collégiens et 2 % des lycéens sont identifiés comme étant en situation de harcèlement.
Ces repères sont importants, mais ils ne doivent pas nous conduire à voir du harcèlement derrière chaque conflit. Ils peuvent surtout nous aider à être attentifs à ce qui se répète, s’installe et fait souffrir.
Pourquoi les livres peuvent-ils aider ?
Lorsqu’un enfant est confronté au rejet ou au harcèlement, il n’est pas toujours facile pour lui de comprendre ce qu’il vit, encore moins de le raconter. La fiction crée alors une distance précieuse.
- Mettre des mots sur ce qu’il ressent : à travers les émotions d’un personnage, l’enfant peut mieux reconnaître les siennes.
- Comprendre ce qui n’est pas acceptable : le récit permet d’identifier plus facilement les situations de rejet, de moquerie ou d’exclusion.
- Développer l’empathie : l’enfant découvre les différents rôles — celui qui subit, celui qui se moque, ceux qui suivent, mais aussi celui qui choisit d’intervenir.
- Imaginer des façons d’agir : un personnage peut demander de l’aide, un témoin peut réagir, une situation peut évoluer.
- Ouvrir le dialogue plus facilement : les travaux sur la "bibliothérapie" montrent que la fiction peut aider à prendre de la distance et favoriser la parole autour d’expériences personnelles.
- Préparer avant même d’y être confronté : une histoire sur l’amitié, la différence ou l’exclusion donne à l’enfant des repères qu’il pourra reconnaître dans sa propre vie.
Le livre ne remplace évidemment pas l’intervention des adultes lorsque le harcèlement est installé. Mais il peut être un précieux point de départ pour reconnaître, comprendre et en parler.
Comment utiliser un livre pour ouvrir la discussion ?
➡️ Choisir une histoire adaptée à son âge
Pas besoin d’un récit particulièrement dur : une histoire autour de l’exclusion, de la différence ou de l’amitié peut suffire à ouvrir la conversation.
➡️ Commencer par le personnage
Plutôt que de demander directement « Est-ce que ça t’arrive ? », partir de l’histoire permet de ne pas mettre l’enfant sous pression.
Par exemple : « Pourquoi crois-tu qu’il n’ose pas en parler ? »
➡️ Explorer les différentes réactions possibles
La lecture permet aussi de parler du rôle des témoins et des moyens d’aider.
Par exemple : « Si tu avais été là, qu’est-ce que tu aurais pu faire ? »
Cette approche rejoint notamment les recommandations d’Élodie Da Silva, coach parentale formée au harcèlement scolaire, qui insiste dans sa formation sur l’importance d’offrir à l’enfant un espace de parole sans jugement et de développer très tôt l’empathie et la capacité à identifier ce que vivent les autres.
Reconnaître, comprendre et parler
Un livre ne peut évidemment pas résoudre une situation de harcèlement à lui seul. Lorsqu’un enfant est en difficulté, l’écoute des parents et l’intervention des adultes de l’école restent essentielles.
Mais les histoires ont un pouvoir particulier : elles permettent de parler avant l’urgence, de reconnaître une situation lorsqu’elle apparaît et d’offrir aux enfants des mots pour raconter ce qu’ils vivent.
C’est dans cet esprit que le comité de lecture Verty a sélectionné des albums et romans autour du harcèlement, de l’exclusion, de la différence et de l’amitié, adaptés aux différents âges.
Des livres choisis non seulement parce qu’ils parlent du sujet, mais parce qu’ils permettent réellement d’ouvrir une conversation et d’aider les enfants à grandir dans leur relation aux autres.
Sources
- Ministère de l’Éducation nationale / DEPP : définition et chiffres 2025 sur le harcèlement scolaire.
- Élodie Da Silva, formation Ni harcelé ni harceleur : repères et conseils aux parents.
- Heath et al. (2005), School Psychology International : travaux sur la bibliothérapie et l’usage des récits pour favoriser l’expression autour de situations difficiles.